L’optronique et les systèmes de vision sont aujourd’hui au cœur de nombreuses innovations, de la robotique autonome à la défense, en passant par l’industrie, le spatial ou encore la sécurité. Mais comment ces technologies ont-elles évolué ces dernières années ? Et jusqu’où peuvent-elles aller ?
Pour y voir plus clair, nous avons échangé avec Vincent Carrier, CEO de Nexvision, bureau d’études spécialisé dans la conception de systèmes optroniques et de vision embarquée.
Pour commencer, qu’est-ce qu’un système de vision ?
Vincent Carrier:
Un système de vision, c’est avant tout un système capable d’analyser son environnement à partir d’un capteur d’image, généralement une caméra, mais pas uniquement (ex : lidar, radar). Il ne s’agit pas seulement de “voir”, mais surtout de comprendre ce que l’on voit.
Concrètement, ces systèmes permettent soit d’augmenter les capacités humaines, soit de s’en affranchir totalement grâce à l’autonomie. On les retrouve par exemple dans les drones, les robots, les véhicules autonomes ou les systèmes embarqués critiques.
Les problématiques adressées sont très variées :
- Détecter une baleine pour éviter une collision avec un navire (ex : projet Seadetect),
- Sécuriser la conduite en assistant ou remplaçant le conducteur,
- Donner une perception à un robot humanoïde, dans ce qu’on appelle aujourd’hui l’IA physique,
- Améliorer la perception du soldat via des casques optroniques avancés (ex : eSAS),
- Traiter et analyser des images à bord de satellites,
- Et bien d’autres encore !
On parle ici de systèmes capables d’interagir avec le monde réel, de s’y déplacer, de le manipuler et de prendre des décisions en temps réel : la vision devient alors un pilier fondamental de l’autonomie.
Quelles sont les grandes évolutions observées ces dernières années ?
Vincent Carrier:
Nous avons clairement vécu une accélération majeure des capacités des systèmes de vision, portée par plusieurs ruptures technologiques.
1. L’essor de l’intelligence artificielle
La branche « deep learning » de l’IA a profondément transformé la manière d’exploiter les images. Là où l’on utilisait auparavant des algorithmes déterministes, l’IA permet aujourd’hui :
- Une meilleure robustesse aux conditions réelles,
- Une capacité d’apprentissage,
- Et une interprétation beaucoup plus fine des scènes complexes.
Ces avancées sont particulièrement structurantes pour l’IA physique, où la vision ne sert plus seulement à analyser une image, mais à piloter une action : se déplacer, anticiper, éviter un obstacle, saisir un objet ou interagir avec un humain.
2. L’augmentation massive de la puissance de calcul embarquée
Les plateformes modernes combinent désormais CPU, GPU, NPU, FPGA et ASIC sur une même architecture.
Un bon exemple est ce que l’on trouve aujourd’hui sur des processeurs de type NVIDIA AGX Thor, capables d’analyser en temps réel des flux vidéo complexes, directement en embarqué.
Cette puissance de calcul embarquée est un pré-requis clé pour l’autonomie, notamment en robotique humanoïde, industrielle ou de service, où les décisions doivent être prises localement, sans dépendre du cloud.
3. Les avancées en optique et en fabrication
Les progrès en optique, notamment avec les métalentilles ou les lentilles freeform, permettent de concevoir :
- Des optiques plus compactes,
- Plus performantes,
- Et mieux adaptées aux contraintes mécaniques et environnementales.
Cela ouvre la voie à des systèmes de vision intégrables dans des plateformes mobiles, des robots ou des équipements portés, renforçant encore leur niveau d’autonomie et d’intégration.
Et le rôle de la lumière dans tout ça ?
Vincent Carrier:
On l’oublie souvent, mais en vision, « bien éclairer, c’est déjà résoudre la moitié du problème ».
Les composants d’émission de lumière (LED, lasers) ont énormément progressé :
- Meilleures performances en portée et précision,
- Meilleur rendement énergétique des composants photoniques,
- Et une intégration plus fine dans les systèmes.
C’est particulièrement vrai pour les capteurs actifs : LIDAR, vision 3D, imagerie structurée… Ces technologies sont essentielles pour permettre à des systèmes autonomes, notamment robotiques, de percevoir leur environnement de manière fiable, quelles que soient les conditions.
Les capteurs d’image ont-ils suivi le même rythme ?
Vincent Carrier:
Absolument. Les capteurs ont gagné sur tous les fronts :
- Résolution et bandes spectrales,
- Sensibilité, notamment en basse luminosité,
- Vitesse de lecture,
- Et robustesse face aux environnements contraints.
Couplés à l’IA et à la puissance de calcul embarquée, ils permettent aujourd’hui à des robots – humanoïdes, industriels ou de service – de percevoir, comprendre et agir de façon de plus en plus autonome, ouvrant la voie à une intégration progressive dans notre quotidien.
Peut-on parler d’un marché en forte croissance ?
Vincent Carrier:
Clairement oui. Les systèmes de vision résolvent de plus en plus de problèmes concrets, ce qui entraîne une adoption massive dans de nombreux secteurs.
On met de la vision partout :
- Dans l’industrie de production,
- La défense,
- Le spatial,
- L’aéronautique,
- Les transports,
- L’énergie,
- L’agriculture,
- Et désormais au cœur des systèmes autonomes et de la robotique avancée.
L’essor de l’IA physique et de l’autonomie accélère fortement cette dynamique : plus les machines interagissent avec le monde réel, plus elles ont besoin de systèmes de vision performants.
Existe-t-il malgré tout des limites ?
Vincent Carrier:
Oui, et c’est un point clé. Nous atteignons progressivement des limites physiques, notamment en microélectronique.
Aujourd’hui, les technologies de gravure sont autour de 50 atomes et l’on vise des seuils proches de 20 atomes.
On a encore de la marge mais on ne pourra pas miniaturiser indéfiniment.
La réponse du marché est donc claire : Multiplier les puces et paralléliser les traitements, spécialiser les architectures et optimiser l’ensemble du système.
C’est un enjeu majeur pour les plateformes autonomes, qui doivent concilier performance, sobriété énergétique et compacité.
Quel est le rôle de Nexvision dans cet écosystème ?
Vincent Carrier:
Chez Nexvision, notre valeur ajoutée est de penser le système de vision dans sa globalité : optique, capteurs, électronique, mécanique, calcul, traitement d’image et contraintes terrain.
Nous accompagnons nos clients sur des projets où la vision est au cœur de l’autonomie et de l’IA physique, qu’il s’agisse de robotique, de systèmes embarqués critiques ou de plateformes innovantes destinées à s’intégrer durablement dans la société.
Une conclusion ?
L’optronique vit une période charnière : jamais les technologies de vision n’ont été aussi puissantes, et jamais les enjeux n’ont été aussi forts. Entre ruptures technologiques, montée de l’IA physique, autonomisation des systèmes et limites physiques, l’expertise système devient le véritable facteur différenciant. Un terrain de jeu que Nexvision maîtrise pleinement !


